Revue de presse

  • 8 mars 2017 : Le Monde
    « Faisons de l’égalité une priorité politique pour le prochain quinquennat »
     « Le classement sans suite des plaintes pour agressions et harcèlement sexuels contre Denis Baupin, en raison de la prescription donne un signal négatif aux victimes qui peuvent renoncer à porter plainte » (Sandrine Rousseau, Isabelle Attard, Annie Lahmer et Elen Debost, conférence de presse mardi 7 mars après le classement sans suite de l’enquête par le parquet de Paris concernant l’affaire Baupin). | THOMAS SAMSON / AFP

    TRIBUNE. L’échéance de l’élection présidentielle se rapproche. Les candidats et les candidates à la présidentielle ont l’opportunité de porter haut et fort l’égalité entre les femmes et les hommes. Il est possible d’apporter des réponses concrètes aux problématiques que rencontrent les femmes alors qu’elles sont plus souvent touchées par la précarité, les violences économiques, physiques, sexistes et sexuelles et les discriminations de toutes natures. Et en ces temps troublés, la mise en cause des émancipations, les Françaises et les Français ont plus que jamais besoin d’un projet de société ambitieux, solidaire et égalitaire.

    En ce 8 mars 2017, les femmes représentent plus de la moitié de la population – faut-il le rappeler – et leurs attentes ne sont que faiblement entendues. Les inégalités sont encore flagrantes : 25 % d’écarts de salaires, une femme sur trois touche une pension de retraite de moins de 700 euros, 580 000 femmes majeures ont été victimes au moins une fois d’agressions sexuelles au cours des 12 derniers mois, selon l’enquête Virage 2016

    Un ministère dédié aux droits des femmes de plein exercice

    Nous demandons que les candidates et candidats s’engagent sur la nomination d’un ministère dédié aux droits des femmes de plein exercice et doté d’une administration forte. Inscrire les droits des femmes dans un ministère est incontournable pour agir de manière transversale et intégrer l’égalité dans les politiques publiques. L’égalité concerne l’ensemble des champs de nos sociétés : économique, politique, sociétal, sanitaire, fiscal, éducatif, culturel, environnemental, sportif, diplomatique…

    Chaque proposition de réforme devrait être analysée sous l’angle de l’égalité entre femmes et hommes. Créer un revenu universel ? Quelles conséquences pour les femmes et les hommes ? Réduire le nombre de fonctionnaires ? Quelles conséquences sur l’emploi des femmes et l’accès aux services publics pour les femmes et les hommes ?

    Sans ce questionnement systématique, les politiques publiques continueront leur apparente neutralité, renforçant les inégalités existantes. Car oui, les politiques publiques sont encore trop souvent conçues au masculin. Il est important d’adopter systématiquement une approche intégrée de l’égalité femmes-hommes.

    Réduire les écarts de parcours professionnels

    Mener une politique ambitieuse en matière de droits de femmes, c’est aussi accorder des moyens conséquents. Le rapport intitulé « Où est l’argent pour les droits des femmes ? » met en lumière le sous-financement des droits des femmes, en comparaison avec des initiatives œuvrant pour des causes d’importance équivalente dans d’autres pays au même potentiel. En 2016, le budget alloué au ministère des droits des femmes dans le cadre du programme « Egalité entre les femmes et les hommes » n’est que de 27 millions d’euros soit 0,0066 % du budget général…

    Nous demandons que le budget du futur ministère soit porté à 1 % du budget de l’Etat. Fixer à 1 % du budget de l’Etat pour 51 % de la population ne serait pas aberrant. Ce serait même un minimum pour donner à ce ministère l’envergure et le développement dont il a besoin pour réduire véritablement les inégalités entre femmes et hommes et construire une société d’égalité et de liberté.

    Il y a évidemment urgence à réduire les inégalités des salaires mais aussi les écarts de parcours professionnels. Les filles réussissent davantage à l’école, et pourtant sont bien souvent cantonnées à des postes moins valorisés socialement et moins rémunérés. Favoriser la participation des femmes à la prise de décision à tous les niveaux est une nécessité mais l’accès aux plus hautes fonctions du pouvoir reste limité : la France est passée de la 36e à la 60e place en terme de part des femmes au Parlement en seulement 4 ans. Les femmes ont été minoritaires et éliminées lors des différentes primaires.

    Marine Le Pen à l’opposé des droits des femmes

    Sur les deux femmes candidates déclarées, la plus médiatique, Marine Le Pen défend un programme antirépublicain à l’opposé des droits des femmes. Le sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes ne devrait être l’apanage ni des femmes candidates, ni d’un parti politique, ni des seules militantes féministes. Il devrait au contraire rassembler et être porté par l’ensemble des candidats et candidates au-delà des clivages politiques. Nous attendons que tous et toutes respectent la parité dans leur parti et s’engagent à nommer un gouvernement paritaire.

    Les remises en question en matière de droit à l’avortement en Pologne, en Espagne et au Portugal montrent combien les acquis en matière de droits des femmes sont fragiles. Les droits des femmes ne peuvent être à géométrie variable : il serait temps de graver dans le marbre un droit inaliénable auquel les Français sont attachés, loin de toute velléité politique : inscrire le droit à disposer de son corps dans la constitution. Cette inscription permettrait de pérenniser le droit à l’avortement, à la contraception et l’information sur la sexualité.

    Enfin, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, qu’elles soient dans le cadre du couple, de la famille, dans la rue ou au travail, dans les médias doit être poursuivie et intensifiée. Un plan de prévention des violences sexistes à l’école devrait être mis en place avec au moins une séance par an dès le plus jeune âge, en intégrant la question de l’hypersexualisation, la pornification et l’exploitation sexuelle des filles et des femmes. Ces séances d’éducation à l’égalité permettraient de changer les jeunes générations et d’intégrer pleinement l’égalité filles-garçons dans l’apprentissage de la citoyenneté.

    Affaire Baupin : un signal négatif aux victimes

    L’affaire de Jacqueline Sauvage a montré l’incapacité du législateur à comprendre les conséquences des violences sur les victimes et à prendre en compte les symptômes post-traumatiques qui en découlent. Il est impératif que les magistrats et magistrates soient systématiquement formés dans leur formation initiale et continue.

    Lire aussi :   Rachel Silvera : « Ce que cachent les inégalités salariales entre les femmes et les hommes en Europe »

    Le classement sans suite des plaintes pour agressions et harcèlement sexuels contre Denis Baupin, en raison de la prescription donne un signal négatif aux victimes qui peuvent renoncer à porter plainte. Nous ne pouvons que saluer l’allongement des délais de prescription de 3 à 6 ans pour agression sexuelle qui vient d’être adopté définitivement par l’assemblée nationale.

    Pour les victimes, il faudrait aussi leur permettre l’accès direct et en urgence aux Unités médico-judiciaires, même sans dépôt de plainte préalable et la prise en charge à 100 % par l’Etat de soins dispensés par des psychologues et psychiatres formés aux conséquences psycho-traumatiques des violences, même quand les victimes sont majeures. Les femmes victimes de violences ont besoin d’une véritable prise en charge, d’une mise en sécurité, d’être accompagnées dans un parcours de sortie. Les besoins sont immenses.

    Liste des signataires : Marie-Noëlle Bas (présidente des Chiennes de garde), Marie Cervetti (directrice du FIT, une femme, un toit), Anne-Cécile Mailfert (présidente de la Fondation des femmes), Françoise Picq (co-présidente Association nationale des études féministes) et Claire Serre-Combe (porte-parole d’Osez le féminisme !).

  • 2 février 2017 : France Inter

« GRAND BIEN VOUS FASSE ! »
La directrice, Marie Cervetti, invitée dans l’émission sur le thème : La remise en cause des droits des femmes. Les droits sont-ils acquis pour les femmes ?

  • 16 décembre 2016 : LCP
« ÇA VOUS REGARDE »
L’association FIT était conviée, avec d’autres, sur LCP pour un débat sur l’affaire Jacqueline Sauvage. (Donc le titre n’a rien à voir avec le sujet traité). Débat houleux mais qui a posé de vraies questions auxquelles il nous faudra apporter des réponses.
 
  • 30 mars 2016 : MadmoiZelle.com

« Mon mec vient de me frapper pour la première fois, que faire ? »

Lien vers l’article complet en ligne

[…] Selon Marie Cervetti, directrice du FIT (Une femme un toit, une association qui soutient et héberge les jeunes femmes victimes de violences), le problème vient de la société (et de notre éducation genrée) qui continue de rendre les femmes systématiquement responsables des violences dont elles souffrent. […]

[…] Si ce n’est pas toi la victime, une amie ou collègue a peut-être besoin de toi. Mais il est très important de prêter attention à la façon dont tu vas en parler. Comment aborder le sujet ? Plutôt que de mettre la personne dos au mur, mieux vaut chercher à ouvrir la porte, elle décidera si elle souhaite la franchir ou pas : « Tiens, j’ai lu cette étude/cet article… et ça m’a un peu fait pensé à ce que tu m’as raconté l’autre jour. Qu’est-ce que tu en penses ? »

Comme l’explique Marie Cervetti :

« Souvent, c’est comme une pelote de laine, une fois le premier fil trouvé, le reste viendra tout seul. »

Dans tous les cas, si vous voyez que vous vous heurtez à un refus net, n’insistez pas lourdement. […]

 

  • 25 novembre 2015 : RTL.

« Violences envers les femmes : il faut éviter les expressions « qui culpabilisent les victimes », dit Marie Cervetti »

INTERVIEW – Marie Cervetti est directrice de l’association FIT-Une femme un toit, qui accueille des femmes victimes de violences. Elle déconstruit plusieurs phrases utilisées couramment et qui nuisent aux victimes.

Chaque année, le 25 novembre marque la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. L’occasion de rappeler les chiffres de ces violences physiques, sexuelles et psychologiques. Près d’un meurtre sur cinq en France résulte de violences conjugales. Les violences domestiques sont également la première cause de mortalité des femmes de 19 à 44 ans. L’an dernier, 118 femmes ont été tuées par leur conjoint, d’après le Haut conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes. En Europe, en 2015, une femme sur cinq est victime de violences. Une sur cinq également sera victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie, d’après les chiffres de la Banque mondiale.

Au-delà des chiffres, les mots employés pour parler de ce phénomène ont aussi leur importance. Certaines expressions ou phrases contribuent àvéhiculer des idées reçues qui nuisent aux victimes, en les culpabilisant encore davantage ou en les dissuadant de porter plainte. Marie Cervetti est directrice de l’association FIT une femme, un toit, qui accueille à Paris des jeunes femmes en difficulté, et en particulier victimes de violences. Au fil de son engagement, elle a répertorié plusieurs de ces termes à bannir, et les analyse pour RTL.fr.

« Il faut briser le silence »

« Il faut briser le silence » est une phrase qui revient souvent quand on parle de violences, quelle que soit leur forme. L’idée est d’appeler les victimes et leurs proches à parler des violences, à témoigner. Selon Marie Cervetti, elle culpabilise les victimes qui n’y arrivent pas, qui sont incapables de parler de ce qu’elles subissent : « Tout ce qui est de l’ordre de l’injonction est à proscrire » même si cela part d’une volonté d’aider. « L’enfer est pavé de bonnes intentions, précise la directrice. Cela fait que les victimes se sentent encore plus nulles. C’est comme si, quand on est victime, on devenait coupable en ne prenant pas la parole. Il faut au contraire mettre l’accent sur le coupable, l’agresseur ».

« Ce genre de phrases est facile à dire, poursuit Marie Cervetti. Mais nous sommes les premiers à nous taire au quotidien ». Elle cite l’exemple d’un repas au cours duquel l’un des invités ferait des remarques sexistes ou déplacées : « Comme tout le monde, les femmes victimes sont habituées à se taire, nous sommes préparées à ces violences ».

« Elle s’est fait violer »

« Les expressions passives sous-entendent une part active de la victime dans les violences qu’elle subit », estime Marie Cervetti. À l’expression « elle s’est fait violer », ou « elle se fait battre » il vaudrait mieux préférer « elle a été violée » ou « son conjoint la bat », qui font, selon elle, plus clairement la distinction entre le statut de victime de la personne qui subit ces violences et celui de l’agresseur qui les commet.

« Elle n’a qu’à quitter son mari violent »

Comme le constate Marie Cervetti au sein de l’association, beaucoup de femmes victimes de violences conjugales sont confrontées à l’incompréhension de leurs proches, de la police ou des magistrats, quand ceux-ci estiment qu’elles n’ont pas quitté leur domicile assez tôt ou se demandent pourquoi elles ne sont « simplement » pas parties de chez elle. « J’entends tout le temps la phrase ‘elle n’a qu’à partir’, explique la directrice. Ce qui sous-entend ‘si elle ne l’a pas fait, c’est qu’elle aimait ça' ».

Mais comme l’explique Marie Cervetti, quand la victime subit des violences de la part de son conjoint (ou de sa compagne, car les violences ne sont pas propres aux couples hétérosexuels) ou est victime de viol de la part d’un proche, elle doit non seulement se dire victime, « mais affronter la crainte de faire éclater sa famille, de se confronter à ses proches, au risque de n’être pas crue ».

« On oublie qu’une femme victime de violences conjugales est une femme amoureuse »
Marie Cervetti, directrice de l’association FIT une femme, un toit

 

Selon elle, ces liens affectifs reliant la victime à son agresseur dans de nombreux cas et l’impact de ces violences sur le cellule familiale expliquent que certaines victimes choisissent de garder le silence. « L’angoisse de l’avenir est souvent plus forte que le besoin de faire respecter ses droits, analyse-t-elle. On oublie aussi qu’une femme victime de violences conjugales est une femme amoureuse. L’agresseur fait naviguer sa victime entre un ‘je t’aime’ et ‘je te hais’. C’est très dur de rompre ce cercle affectif ».

Un court-métrage publié en septembre dernier sur Viméo montre cet aspect souvent ignoré et pourtant au cœur du processus des violences conjugales. Intitulé Impardonnable, il est réalisé par Nicolas Doretti. Il rappelle avec tact qu’il n’est jamais facile de quitter quelqu’un, même quand il s’agit de se soustraire à sa violence.

  • 25 novembre 2015 : Mediapart.

« Se donner les moyens de l’égalité »

A l’occasion de la journée des violences faites aux femmes, plusieurs associations œuvrant pour les droits des femmes (1) tirent la sonnette d’alarme et interpellent les pouvoirs publics sur le financement en berne de leurs structures. Elles lancent aussi un appel aux dons à tou-te-s les citoyen-nes : « Donner c’est agir. C’est aussi poser un acte politique. »

Comme chaque année, ce 25 novembre, nous nous mobilisons pour l’élimination des violences faites aux femmes. Les condamnations politiques, de gauche comme de droite, sont unanimes. Pendant ce temps, les femmes continuent à subir des violences sexistes dans la sphère publique et surtout dans la sphère privée. En France, tous les deux jours et demi une femme meurt sous les coups de son conjoint, ou ex-compagnon. Toutes les 4 minutes une femme est violée par un homme. Cet homme est souvent un proche, un parent ou un ami. Mais cela peut aussi être une agression dans la rue, au travail, ou dans un lieu festif.

Nous voyons les inégalités se reconfigurer. Nous observons les violences stagner à un niveau intolérable. Nous constatons avec effroi les obscurantismes progresser. Il n’existe pas de cercle vertueux qui mènerait automatiquement vers l’égalité : cela reste un combat à gagner. Certains voudraient se résigner, faire de la violence machiste une violence banale, inéluctable, résultat d’une domination inébranlable. Comme si rien ne pouvait être fait.

Pourtant, nous faisons la preuve au quotidien que des solutions existent pour éliminer ces violences. Chaque jour, nous intervenons  auprès des plus jeunes, pour sensibiliser et prévenir de futures violences. Nous écoutons (2), accompagnons, hébergeons, et mettons en sécurité des femmes victimes de violences dans une des 65 associations du réseau Solidarité Femmes ou au FIT-une femme un toit. Nous défendons les victimes de violences sexuelles au travail au sein de l’AVFT. Nous aidons les femmes à échapper aux mariages forcés et aux mutilations sexuelles grâce au GAMS. Nous sommes aux côtés des femmes victimes de viol pour les aider à surmonter le traumatisme du viol et faire valoir leurs droits (3) au sein du CFCV… Et ce ne sont qu’une poignée d’exemples.

Nous œuvrons contre les violences faites aux femmes et nous tirons la sonnette d’alarme :où est l’argent pour les droits des femmes ?

Alors qu’on nous répète que l’égalité femmes-hommes est au cœur des valeurs de notre société, c’est pourtant le secteur le moins financé. La majorité des associations est appuyée par les collectivités territoriales, aux budgets en berne voire en baisse. Le secrétariat d’Etat aux droits des femmes fait pâle figure : les députés-es viennent de lui accorder 0,006% du budget de l’Etat, soit le plus petit du gouvernement. Si on ne nous donne pas les moyens, nous ne pourrons parvenir à éradiquer ces violences. Nous avons besoin de développer nos lieux d’écoute et d’accueil, de nouveaux centres d’hébergement spécialisées pour les femmes victimes de violences, de poursuivre les actions de défense, de sensibilisation et de plaidoyer…

C’est pourquoi aujourd’hui nous lançons un appel à tou-te-s les citoyen-nes. Donner c’est agir. C’est aussi poser un acte politique. Toutes les grandes causes ont prospéré grâce au soutien de chacune et de chacun. La générosité publique a joué un rôle essentiel dans le recul de certaines maladies, et a déclenché une prise de conscience chez nos politiques sur la nécessité d’investissements importants. Nous nous en félicitons et c’est dans le même état d’esprit que nous appelons mécènes, chef-fes d’entreprises, artistes, citoyen-nes, politiques, à choisir aussi la cause des femmes. Donnons-nous les moyens d’atteindre l’égalité. Bâtissons la Fondation des Femmes.

(1) L’Association contre les Violences faites aux femmes au Travail (AVFT),  Françoise Brié de la FNSF (Fédération Nationale Solidarités Femmes), Marie Cervetti du FIT-Une femme un toit, Isabelle Gillette-Faye de la Fédération GAMS (Groupe d’Actions contre les Mutilations Sexuelles), Emmanuelle Piet du CFCV (Collectif Féministe Contre le Viol).

(2) Plateforme nationale d’écoute 3919-Violences Femmes Info

(3) Plateforme Viols-Femmes-Informations 0 800 05 95 95

  • 16 novembre 2015 : Paris Match.

« Femmes en souffrance, panser leur blessures »

Elles ont trouvé refuge dans l’association Une femme, un toit. Battues, violées, abandonnées, rejetées, asservies, parfois prostituées, ces filles, âgées de 18 à 25 ans, ont une abominable
image d’elles-mêmes. Lentement, avec l’aide de formidables éducatrices, elles se reconstruisent.

Son oncle l’attachait au soleil. « Je ne sais pas pourquoi il faisait ça », dit Samira, comme si elle doutait encore de la violence des hommes ou qu’elle lui cherchait une raison. Cette Ivoirienne ne manque pourtant pas d’expérience. Elle a récemment travaillé, en France, pour une femme âgée atteinte de la maladie d’Alzheimer dont la fille la payait 200 euros par mois, soirées et week-ends compris. A 6 ans, alors qu’elle était encore en Côte d’Ivoire, sa mère l’a donnée à une amie pour la soustraire à une autre violence :l’excision. Mais cette amie l’a exploitée ; son copain et ses frères l’ont violée. A quatre reprises, Samira est tombée enceinte. A chaque fois, le « docteur » a pratiqué l’avortement sur une table de cuisine et sans anesthésie. La quatrième fois, il a laissé un morceau de fœtus et lui a définitivement endommagé les entrailles.
SAMIRA, PEU À PEU, APPREND À SOUTENIR UN REGARD
Pour rembourser les soins qu’elle avait prétendument reçus, l’amie de sa mère l’a envoyée en France chez une femme que Samira, encore aujourd’hui, appelle respectueusement « la Dame ». Esclave de cette femme de ménage, Samira lui faisait la cuisine, la lessive, le repassage, la couture et lui gardait son enfant. Elle dormait par terre, souffrait du froid et recevait des coups de pied. La Dame lui interdisait de regarder par la fenêtre à cause de la police mais, quelquefois, Samira relevait la tête vers le Velux et elle apercevait le ciel. Relever la tête, cinq mois après son arrivée au Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) du FIT (association laïque féministe Une femme, un toit), est pour elle un exercice difficile. Peu à peu, elle apprend à soutenir un regard. Elle le sait : « Quand tu veux t’en sortir, il ne faut pas faire pitié. »

Leurs tortionnaires font toujours croire aux femmes qu’elles n’ont pas le droit d’aller voir la police à cause de leur situation de sans-papiers. « Nous, on sait que la situation administrative importe peu : toute femme victime de violences a droit à la police », explique Louise Miragliese, éducatrice au FIT. « Je n’ai jamais eu ma chambre à moi », observe Samira. Elle ne sait ni lire ni écrire, mais elle est une des premières à avoir voulu participer à un atelier d’écriture. En plus de l’accompagnement social et individuel proposé par les éducatrices, le FIT organise des activités. « Débat-cinéma, sortie salsa, c’est dur de fédérer, observe une éducatrice, mais quand on y arrive, tout le monde est content d’avoir participé. » Au FIT, il y a des éducatrices, majoritairement titulaires du diplôme d’Etat d’éducatrice spécialisée, et une assistante sociale.

« ELLES SONT ENCORE DEBOUT AVEC TOUT CE QU’ELLES ONT VÉCU! CE SONT DES « WARRIORS » »

Parmi elles, aucune femme ayant été victime de violences. Elles endossent aussi le rôle de psy, revenant avec les jeunes femmes sur leur histoire personnelle, leurs traumatismes, les manifestations de leur angoisse, les moyens de la calmer. « Parfois, on sème une graine qui pousse plus tard. La violence n’est pas une fatalité. Il y a une capacité de résilience à leur âge qui est fantastique. Il faut voir qu’elles sont encore debout avec tout ce qu’elles ont vécu ! Nous, on les appelle les “warriors” », s’exclame Louise Miragliese. Sans être magiciennes, les éducatrices aident les résidentes à aménager et à mieux porter leur passé. Battues, violées, torturées, séquestrées, prostituées, toutes les jeunes femmes de 18 à 25 ans qui séjournent au FIT ont généralement subi les pires sévices. L’association insiste sur le continuum des violences : souvent maltraitées dans l’enfance, ces jeunes femmes se retrouvent victimes dans le cadre de leur couple. Elles n’ont pas forcément vu leur mère souffrir de la même façon qu’elles, mais elles ont toutes vécu dans une absence de communication, dans un monde de punitions et de blâmes dictés par des traditions religieuses ou par un beau-père que leur mère n’a pas choisi d’affronter. Quand elles refusent, adultes, de se plier à la règle des hommes, elles trinquent.

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Raïssa la sportive dans le bureau de l’éducatrice Louise Miragliese.© Jean-François Paga

Issaga a 18 ans et vient de passer son bac. Mais, depuis plusieurs mois, des conseils de famille s’organisent chez elle entre hommes. Comme pour ses sœurs auparavant, il s’agit de lui désigner un mari. Il a 20 ans de plus qu’elle. Terrifiée à l’idée de ce mariage, battue pour avoir supplié son père de revenir sur sa décision, elle déjoue finalement la vigilance de sa mère à l’aéroport et se retrouve dans la rue, sans argent et sans ses papiers. Quand elle arrive au FIT, elle est sûre d’être en tort. Poigne de fer dans un gant de moto, Marie Cervetti, directrice du FIT, veille sur chaque arrivante : « La première chose que je leur dis et redis, c’est qu’elles sont des femmes incroyablement courageuses et qu’en arrivant ici elles se sont prouvé à elles-mêmes qu’elles pouvaient changer la donne. Ensuite, je leur permets de goûter à la liberté. Elles entrent et sortent de l’établissement à leur guise, cela pour qu’elles mesurent leur propre capacité à se protéger, à créer un nouveau réseau social plus bienveillant que celui qu’elles côtoyaient. »

« IL FAUT POUVOIR PORTER LES JEUNES FEMMES, RASSURER, DYNAMISER »

Chaque jeune femme hébergée au FIT doit se reconstruire, trouver un emploi et reprendre des études afin d’obtenir un logement. L’indépendance est un thème cher au cœur de celles qui y travaillent. « Les principes féministes me soutiennent, explique Louise Miragliese. Cela m’aide de pouvoir expliquer aux jeunes femmes qu’elles ne sont pas responsables de leur situation mais que c’est un système. Je reprends l’histoire globale et je me dis que des combats ont déjà été menés et ont avancé. Cela nous inscrit dans un collectif plus large. Ça me soutient énormément. » Oui, cela demande du courage, de la patience et du dévouement d’être, comme Lorena, Marielle, Mélodie et Séverine, éducatrices au FIT. « Il faut avant tout être capables de s’adapter à tout : aux jeunes femmes qui arrivent, aux institutions, aux politiques, au changement permanent, explique Marie Cervetti. Il faut aussi être révoltée, refuser la résignation, savoir communiquer, sensibiliser, dénoncer. Il faut pouvoir porter les jeunes femmes, l’équipe, lancer en permanence de nouveaux projets, rassurer, dynamiser. Bref, il faut être convaincue que toute jeune a droit à une seconde chance, que la vie est toujours pleine de belles surprises, et les provoquer », lance-t-elle juste avant de plaisanter avec Estelle qui descend l’escalier en robe moulante. Marie la complimente sur sa tenue et sa beauté.

Un bruit nous interrompt dans les étages. Parfois une dispute éclate, même si cela n’est pas fréquent. Au FIT, il y a 36 chambres simples et 12 chambres doubles. C’est souvent dans ces dernières qu’éclatent les disputes pour des causes diverses : problèmes de colocation sur une question de ménage, rythmes de vie différents, etc. Pour celles qui ont connu la grande précarité, il peut aussi être question de vol. Afin que les choses rentrent dans l’ordre, les éducatrices organisent des médiations. En cas de litige, elles réunissent les femmes et leur apprennent à se parler. Celles-ci viennent de familles où on ne se parlait pas, où on en venait aux mains. Les éducatrices travaillent donc sur le respect des choix de chacune pour fabriquer un environnement bienveillant. « Mon rôle, explique Marie Cervetti, consiste à créer un lieu de vie où la violence est prohibée et à leur apprendre à vivre ensemble par le dialogue et les actions collectives. Quant au bonheur qui les attend, je ne sais pas, je ne me pose pas la question comme ça. L’essentiel, c’est qu’elles apprennent à repérer les hommes violents, qu’elles comprennent leur stratégie, qu’elles sachent s’en protéger, puis qu’elles se pensent comme des actrices de leur vie et non comme des personnes dépendantes du bon vouloir de leur compagnon. Qu’elles puissent donc être autonomes financièrement, qu’elles prennent conscience des tiroirs dans lesquels les femmes sont enfermées pour pouvoir s’en extraire et inventer leur propre liberté. Et ça, pour les femmes, c’est le combat de toute une vie. »

ZINEB VOUDRAIT ÉCRIRE SUR L’ABANDON

Christelle passe la tête dans la salle des éducatrices. Elle a envie de prendre rendez-vous pour l’atelier d’écriture. Elle chante à tue-tête ses rêves d’un avenir meilleur. Son frère l’a accompagnée à l’aéroport d’Abidjan quand elle est venue faire ses études de commerce en France. Il l’a encouragée : « Rapporte-nous le plus beau diplôme ! » Entre-temps il y a eu la guerre et il est mort. Du reste de sa famille, elle ne souhaite pas parler. Zineb, quant à elle, est orpheline de père. Elle a été reniée par sa mère et son frère parce qu’elle a décidé d’épouser un Français non musulman et elle ne peut pas retourner chez elle au Maroc. Comme son mari la battait, elle a essayé d’écrire à sa mère pour lui réclamer aide et refuge mais, auprès des siens, elle est une « traîtresse ». Ensuite, le copain qu’elle a connu après son mari n’a pas assumé le fait qu’elle tombe enceinte ; alors elle a dû avorter. « Quand je me retrouve seule dans ma chambre, c’est le cœur qui prend le dessus », murmure-t-elle, pudique et douce. Elle parle d’abandon. Elle voudrait écrire sur ce thème. « L’abondant », dit-elle au début.

Tali entre dans la banque alimentaire à disposition des plus démunies et se sert de riz et de pâtes. « J’ai fait du sport, il faut recharger les batteries », plaisante-t-elle en ressortant. Le FIT a une salle de fitness où les filles peuvent se défouler, s’entraîner, oublier un instant l’enfant qu’elles ont laissé dehors et dont elles rêvent de récupérer la garde. Celles qui portent le niqab peuvent ainsi faire du vélo alors que leur religion le leur interdirait dans la rue. Le sport en sauve certaines, celles qui sont assez fortes pour ne pas craindre de perdre la dernière chose qui leur reste : la sueur sur leur front. Elles ont eu si peu jusque-là. Raïssa pratique le basket. Quand elle apprend une mauvaise nouvelle, au lieu d’aller boire des bières, elle va sur le terrain. Elle aime le collectif. Réussir, progresser, ce sont des verbes qui la font avancer mais qui, en revanche, semblent étrangers à Mathilde. Mathilde chante, elle voudrait voler, elle envie les oiseaux, leur liberté. Elle, la rue l’a emprisonnée. L’a obligée à se prostituer. Elle sait tout des hommes qui réclament leur dû en faisant comme s’ils ne voyaient pas à quel point la fille est jeune, mal, contrainte et perdue. Ils font comme si elle travaillait par plaisir. Du coup, Mathilde appelle la prostitution le « viol par consentement ». « Quand est-ce que je vais mourir ? demande-t-elle. En rêve, c’est un de mes amis qui tire. Je me sens seule sur terre et je ressens les larmes de ma mère. »

LE PIRE DES DÉCOURAGEMENTS EST LA TOLÉRANCE DE LA SOCIÉTÉ VIS-À-VIS DES VIOLENCES MASCULINES CONTRE LES FEMMES

Que faire pour ces jeunes femmes qui rêvent de travailler pour se réparer ? Au FIT, on leur donne de l’argent pour s’acheter des vêtements et de la nourriture. On les aide à chercher un emploi, un logement et des papiers quand elles n’en ont pas. Relever la tête, oui, mais pour regarder où ? Le pire des découragements éprouvés par l’équipe du FIT est sans doute la tolérance de la société vis-à-vis des violences masculines contre les femmes. Les médias mentionnent à loisir les « tournantes » au lieu des « viols collectifs ». Le viol lui-même a tendance à devenir une « agression sexuelle ». On parle de « drame familial » quand un homme assassine sa conjointe et ses enfants ou de crime passionnel quand un conjoint violent « aimait trop » sa femme. Et puis, il y a les politiques qui font de belles annonces qui restent des annonces. Ils promettent d’ouvrir de nouvelles places d’hébergement pour les femmes victimes de violence, de garantir l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, de sanctionner les propos sexistes. Ils entretiennent l’illusion de l’égalité sans prendre et imposer des mesures pour la rendre réelle.

Lydia a craqué. Il a beau lui avoir cassé la mâchoire et déplacé des cervicales le mois dernier, elle y retourne. « Il est désolé, il m’aime, il ne recommencera plus », murmure-t-elle, un peu gênée. Marie Cervetti explique : « Quand une jeune femme reprend avec son conjoint violent, je ne suis pas agacée car je sais que le processus est long, que rompre avec ce qu’on leur a mis dans la tête prend du temps. Il faut juste que je la rassure, que je lui explique les mécanismes de la violence, et que je sois présente quand, de nouveau, elle sera sa victime. » On estime à sept le nombre d’allers-retours qu’effectue une femme avant de quitter vraiment un conjoint violent.

Trop de femmes ont intégré que les garçons aiment le bleu et les filles le rose, que les garçons sont forts et que les filles sont belles. Trop de femmes sont encore éduquées dans ces stéréotypes de sexe. Toutes petites, elles ont compris qu’elles doivent tout accepter pour que le prince charmant les choisisse. De l’acceptation des stéréotypes vers l’acceptation de la violence, il y a un tout petit pas. On ne sort pas de cette aliénation, de cette oppression, si facilement. Samira, comme Walla, Mathilde, Marie-Clémence, se cherche un avenir. Elle a les mots plus justes que quelqu’un qui a tout vécu, alors qu’elle n’a que 23 ans. Longtemps, elle n’a pas eu droit à la parole, mais sa tête contient des mots purs. Elle dit : « Je me bats pour ne pas être affolée. » Elle a si peur d’être expulsée de France. « Je n’ai personne, je ne sais même plus où est mon pays. » Elle ne connaît pas sa date de naissance. Parfois, elle s’habille de toutes les couleurs en se disant qu’on ne la verra pas.

  • 25 juillet 2015 : L’interview de 7h15 de France Inter.

Marie Cervetti, directrice du CHRS Les universElles et membre du Haut Conseil à l’Egalite entres les femmes et les hommes, revient dans l’interview de 7h15 sur cette polémique et les différentes facettes du féminisme.

  • 22 mai 2015 : Bondy Blog.

« Nora El Hourch, passe la seconde à la Quinzaine »

TALENTS EN COURT. Première lauréate de Talents en Court à être sélectionnée à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes, Nora El Hourch, 27 ans, y présente son court-métrage Quelques secondes sur des jeunes filles placées en centre d’hébergement. Portrait.

La vie réserve parfois de belles surprises. La sélection du court-métrage Quelques secondes de Nora El Hourch à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2015 en est une : « C’est un beau pied de nez aux enculés et une belle victoire pour toutes les filles du FIT ».

L’association Une femme un toit (FIT), situé dans le 10e arrondissement de Paris, est le lieu où Nora El Hourch a puisé la matière de son premier court-métrage. Au travers de cinq résidentes hantées par un passé chargé (viol, abandon, violences), Quelques secondes décrit l’incroyable force de caractère de ces jeunes filles détruites par des événements tragiques. Pendant huit mois, Nora El Hourch a fréquenté ce centre et discuté avec les résidentes de 18 à 25 ans qui y trouvent refuge jusqu’à se remettre sur pied. « J’ai intégré un groupe de discussion de l’association où les filles parlent de tout et de rien. La directrice m‘a dit : « ça passe ou ça casse ». Certaines me regardaient de travers mais d’autres m’ont adoptée et se sont confiées ».

A travers leurs récits, Nora El Hourch espérait raconter un drame personnel qui l’a bouleversée mêlé à ceux des filles qu’elle a rencontrées. « J’ai eu la chance dans mon malheur d’être entourée par ma famille, mes amis, un psy et je me suis demandé comment faisaient celles qui n’avaient pas d’environnement social et familial». Nora El Hourch réalise qu’il n’y a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour parler de la condition de la femme : « J’ai rencontré une jeune fille qui dormait dans les arbres pour ne pas se faire violer dans la rue. En France ! En 2014 ! »

Pour donner de la visibilité à son projet, Nora El Hourch et la société de production Maja Films organisent des castings et sélectionnent cinq filles détonantes (Marie Tirmont, Charlotte Bartocci, Camille Lellouche, Maly Diallo, Charlotte-Victoire Le Grain) : « quand on les a réunies, ça a tout de suite matché ». Avec un budget de 3500€, elle tourne Quelques secondes en trois jours, apprenant à réaliser sur le plateau : « Les membres de l’équipe ont bossé comme des dingues, par passion. Cette sélection, c’est le meilleur « merci » que je peux leur offrir ».

Le cinéma pourtant, les parents de Nora El Hourch ne voulaient pas qu’elle en fasse par peur du manque de stabilité. «Ils voulaient que j’ai un CDI et un salaire régulier ». Aujourd’hui très fiers de leur fille, M. et Mme El Hourch stressent tout de même pour elle : « Ma mère a peur que je m’enflamme et qu’elle doive ensuite ramasser les pots cassés ».

Une enfance « comme ci-comme ça »

Née à Angers (49), « cette ville belle et fleurie que j’adore », en 1988 d’un père marocain directeur d’une entreprise agroalimentaire et d’une mère française professeur de Physique-Chimie, Nora El Hourch est la benjamine d’une famille de deux enfants. Le cinéma, elle l’a découvert par le biais de son grand-frère, cinéphile vorace (« il a une DVDthèque incroyable »). Elle voulait au départ être actrice.

Durant son enfance « comme ci-comme ça » (« mon père était souvent absent et je n’étais pas bonne en cours »), Nora El Hourch écrit régulièrement des textes qu’elle ne fait lire, « par pudeur », à personne. Elève aimant « plus parler qu’écouter », elle passe un Bac ES « par défaut » (« je n’étais ni littéraire, ni scientifique »), démarre un IUT Techniques de commercialisation qui ne lui plaît pas puis s’exile un an à San Diego aux Etats-Unis suivre une Licence en Arts et Communication.

De cette année américaine, Nora El Hourch revient « détruite et construite à la fois » : « j’y ai vécu des choses dingues mais aussi le grand drame de ma vie ». Un drame qui la fait sombrer mais que l’écriture lui permet d’exorciser. Rédigeant un scénario de long-métrage, Nora El Hourch le présente à Marie Jardinier et Emma Javaux de Maja Films qui lui propose d’en faire un court-métrage. S’inspirant de ses visites au FIT, le projet devient Quelques secondes, qu’elle présente à Talents en Court, dispositif initié par le CNC et l’association Les Ami(e)s du Comedy Club, en mars dernier.

Pour cette fan d’American History X et Big Fish (« deux films qui m’ont énormément touchée ») qui apprécie les films de Maïwenn, Céline Sciamma et Abdellatif Kechiche (« j’aime ceux qui filment le réel avec une portée sociale »), le cinéma français contemporain « se défend vraiment bien ».

Réalisant actuellement des mini courts-métrages à Aulnay-sous-Bois (93) pour le projet Dans mon hall de la société de production DACP, Nora El Hourch aspire à parler humblement « des invisibles de la société » qui n’ont pas « la possibilité de s’exprimer ». Espérant surtout que sa sélection à la Quinzaine lui ouvrira des portes, parce que réaliser « est ce que j’ai toujours voulu faire et j’espère que cela ne fait que commencer ».

Claire Diao

  • 04 février 2015 : Le Parisien.

« Un plan pour aider les femmes battues »

Le groupe communiste présentera au prochain Conseil de Paris, lundi et mardi, un plan pour aider les femmes victimes de violences. Le logement est au cœur du dispositif.

Faute de place dans des structures adaptées, il est souvent difficile pour ces victimes de quitter l’appartement familial.

« Elles sont condamnées à rester en danger dans leur foyer ou à errer avec leurs enfants d’hôtels en hébergement d’urgence spécialisé dans l’accueil des sans-abri avant d’atterrir, si la chance leur sourit, dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) », observe Nicolas Bonnet, le président du groupe communiste-Front de gauche (FG).

Selon une enquête réalisée par une psychologue pendant six mois, plus de 300 demandes d’hébergement ont été refusées en 2013. Et pour cause : seules 37 places en urgence sont réservées aux femmes victimes de violences et 88 places pour les femmes en insertion. « Et il n’y a aucun accueil spécifique pour les femmes handicapées alors que 80 % d’entre elles sont victimes de violences », déplore Maudy Piot, responsable de l’association Femme pour le dire, femme pour agir. Or il y a urgence : dix Parisiennes sont mortes sous les coups de leur conjoint entre 2010 et 2013.

Parmi les mesures proposées : la création de 60 places réparties dans deux CHRS et autant en résidence sociale. Le groupe PC-FG réclame aussi la mobilisation de 50 logements sociaux par an. Et la prise en compte de la situation des femmes victimes de violences au titre des mutations d’appartement.

Enfin, il souhaite qu’une femme qui dépose une simple main courante — et non plus un dépôt de plainte — bénéficie de six points supplémentaires pour l’attribution d’un logement social.

L’UMP devrait voter le projet

A terme, Nicolas Bonnet espère la création d’un lieu unique qui permettra une prise en charge complète de ces femmes. « Ces perspectives sont formidables », se félicite Marie Cervetti, de l’association FIT Une femme, un toit.

Le chef de file des communistes présentera son projet de délibération demain à Nathalie Kosciusko-Morizet, la présidente du groupe UMP, qui devrait voter la délibération.

  • 25 novembre 2014 : L’invité pour comprendre de Sud Radio.

Marie Cervetti, directrice du CHRS Les universElles, sur Sud Radio.

  •  31 octobre 2014 : Le Parisien.

« Les associations au créneau »

Les cas de Jacqueline Sauvage ou d’Alexandra Lange, des femmes battues qui tuent leur conjoint violent, ne sont pas isolés. Selon les chiffres officiels, elles seraient une dizaine, chaque année. Si chaque cas est singulier, celui de Jacqueline Sauvage ne manque pas de faire réagir. « Ce verdict est un message dramatique envoyé aux conjoints violents qui pourraient y voir une forme d’impunité, s’insurge Marie Cervetti, directrice de l’association FIT (Une femme, un toit). Quant aux femmes, on leur fait comprendre dans ce genre de procès que quoi qu’elles fassent, c’est toujours le mauvais choix. »

Redéfinir la légitime défense 

Un constat amer, partagé par M e Janine Bonaggiunta, qui, avec sa consoeur Nathalie Tomasini, a obtenu l’acquittement d’Alexandra Lange (lire ci-contre). Comme Marie Cervetti, l’avocate milite pour que les femmes victimes de violences conjugales puisse bénéficier d’une « présomption de légitime défense », comme au Canada. « En France, les critères de la légitime défense fonctionnent contre un homme qui va vous attaquer dans la rue, un cambrioleur qui vous menace, mais pas pour une femme qui, d’une certaine manière, est attaquée en permanence. Elles vivent terrifiées, dans un état post-traumatique et un beau jour, elles ripostent à l’ensemble de ce qu’elles ont subi. » Pour cette avocate spécialisée, le verdict d’Orléans aurait pu être plus clément. En mars 2012, la cour d’assises du Gard avait infligé une peine de cinq ans de prison, dont deux avec sursis, à une femme de 53 ans qui avait abattu son mari violent à coups de carabine et risquait la perpétuité. En creux — outre le manque de formation des policiers et des magistrats –, les militantes regrettent aussi que, malgré le maillage associatif, des femmes « se retrouvent dans cette position et ne voient pas d’autre issue », résume Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération Nationale Solidarité Femmes, qui pointe un manque de repérage chez les professionnels de santé, et rappelle l’existence du 3919, numéro gratuit et anonyme dédié aux victimes de violences conjugales.

  • 10 février 2015 : Lever les freins à l’emploi des femmes

Séverine Lemière, présidente de l’association FIT une femme, un toit et économiste, intervient  sur Xerfi Canal TV sur le sujet du rapport intitulé « L’accès à l’emploi des femmes : une question de politiques ».

  • 12 décembre 2013 : Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes.

« Remise du rapport Lemière sur l’accès à l’emploi des femmes »

Ce lundi 9 décembre, Séverine Lemière, économiste et son équipe ont remis à Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du Gouvernement leur rapport sur l’accès à l’emploi des femmes. Ce rapport a pour objectif selon le souhait de la ministre de « mettre au jour les mécanismes expliquant la situation des femmes sur le marché du travail et formuler les recommandations (…) devant viser à permettre une augmentation du taux d’activité des femmes, à améliorer la qualité des emplois, à lever les freins au recrutement et à lutter contre la discrimination à l’embauche ».

A l’occasion de la remise de ce rapport, la ministre des Droits des femmes a présenté les grandes lignes de son action et son objectif en matière d’emploi des femmes dans un entretien aux Echos : Résorber la différence de taux d’emploi des femmes d’ici 10 ans, taux d’emploi des femmes qui reste inférieur de 9 points à celui des hommes.
«  C’est une question de justice mais aussi un enjeu économique majeur. En résorbant cet écart, on peut gagner 0,5 point de croissance par an pendant 10 ans. C’est la conclusion de l’OCDE. Mon objectif est d’y parvenir d’ici à 10 ans. L’année 2014 doit être un déclic pour cela. » a-t-elle déclaré aux Echos.

Pour parvenir à atteindre cet objectif, Najat Vallaud-Belkacem distingue 3 dimensions sont clés pour y parvenir :

– la mixité des métiers, l’année 2014 sera l’année de la mixité et une plateforme d’actions sera mise en place avec tous les acteurs professionnels pour y parvenir,

– la lutte contre les discriminations, la Ministre s’est dite ouverte aux solutions de recours collectif en la matière, dès lors qu’elles s’adaptent à notre traditions juridiques ; un rapport nous sera prochainement remis sur ce sujet, qui fera l’objet d’amendement au projet de loi sur l’égalité en janvier ;

– l’évolution des incitations fiscales et sociales, la Ministre a rappelé qu’un des objectifs de la réforme annoncée du RSA était l’emploi des femmes ; elle a remis en perspective le chantier de la remise à plat de la fiscalité à l’aune de cet objectif.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien accordé aux Echos à l’occasion de la remise de ce rapport.

Télécharger le rapport Lemière sur l’accès à l’emploi des femmes ici.

  •  22 novembre 2013 : Dépêche AFP.

« Violences faites aux femmes, donner l’alerte est essentiel. »

Sujet encore tabou, les violences conjugales ont conduit en 2012 au décès de 148 femmes, une situation qui pourrait être évitée si plus de témoins osaient donner l’alerte.

Vendredi, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, a souhaité, à l’occasion de la présentation de son plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes, mettre à l’honneur les « lanceurs d’alerte », des citoyens vigilants qui se trouvent un jour confrontés à une femme en danger et décident de transmettre l’information pour secourir la victime.

« On parle beaucoup des victimes, souvent des auteurs, mais on s’intéresse rarement aux témoins », qui peuvent « sauver des vies », a affirmé la ministre.

Youness Belhamra en est un exemple. C’est par « le fruit du hasard » que cet habitant de Rilleux-la-Pape a sauvé la vie d’une femme sur le point d’être assassinée par son mari en 2008. Entendant des cris, il a décidé avec un ami d’enfoncer la porte d’un appartement et a découvert une scène d’horreur : une femme victime de 25 coups de marteau et de 8 coups de machette. Plaquant l?homme au sol, Youness Belhamra a alerté la police et le Samu.

« On est restés trois minutes dans l’allée à écouter. Pour elle, ça a dû être une éternité », a-t-il ajouté, en confiant avoir craint pendant quelques secondes de s’immiscer dans la vie privée d’un couple.

La « peur », Firmine Duro, agent de Pôle Emploi, l’a également ressentie lorsqu’elle est intervenue pour mettre à l’abri une amie de classe de son fils, battue par son père. Mais elle s’est sentie rassurée au contact de l’association féministe « FIT, une femme, un toit », qui prend en charge les victimes.

Les associations sont souvent le relais nécessaire entre victimes, travailleurs sociaux, lanceurs d’alerte et autorités. « Lorsque les politiques travaillent en synergie avec nous, l’efficacité est totale », a expliqué Marie Cervetti, directrice de l’association FIT.

La protection est une véritable « chaîne » à différents acteurs, estime Ernestine Ronai, coordinatrice nationale « violences » de la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof).

La vigilance de Marc Maillard, agent de la SNCF, a suffi à déclencher le processus dans la gare RER de Villeneuve-Saint-Georges. Alerté par le visage tuméfié d’une femme, il a donné l’alerte à ses supérieurs qui ont ensuite recueilli la victime et transmis l’information à la police.

« Avec des citoyens conscients des faits de violences, avec des professionnels aguerris et formés à l?accueil et à l’accompagnement des victimes, on peut sauver beaucoup de femmes », a conclu Najat Vallaud-Belkacem, ajoutant : « Ne soyons pas indifférents, ne soyons pas silencieux ».

  • 22 novembre 2013 : Journal de 8h de France Inter.

Louise Miragliese, intervenante sociale au FIT, non seulement chargée d’accompagner les femmes victimes de violences mais de l’insertion par l’emploi, sur France Inter.