Tribune de Séverine Lemière et de Marie Cervetti dans Le Monde

Marie Cervetti et Séverine Lemière regrettent, dans une tribune au « Monde », la faiblesse des moyens financiers alloués à la politique de lutte contre les violences faites aux femmes.

 

Tribune. Un discours du premier ministre a conclu, lundi 25 novembre, le Grenelle des violences conjugales, qui a rassemblé tous les acteurs et toutes les actrices concernés sur l’ensemble du territoire. Courageux, Edouard Philippe a évoqué la « faillite collective » et les dysfonctionnements dans le parcours des victimes. Deux jours avant, samedi 23 novembre, à l’appel du collectif Nous toutes, une marche historique mobilisait près de 150 000 personnes en France contre toutes les violences faites aux femmes. La société exprime ainsi son intolérance aux violences contre les femmes, intégrant d’ailleurs une définition bien plus large que celle du Grenelle.

Car on ne peut isoler les violences conjugales des autres violences sexistes et sexuelles, du sexisme aux féminicides en passant par le harcèlement, les agressions et mutilations sexuelles, les mariages forcés, les viols et la prostitution. Toutes ces violences sont la manifestation des inégalités entre femmes et hommes, de la différenciation et de la hiérarchisation des sexes.

S’attaquer aux violences faites aux femmes, même dans la définition restreinte des violences conjugales, demande de développer une analyse globale et systémique intégrant la question des violences aux pratiques professionnelles de nombreux secteurs : la police, la justice, la santé, l’éducation, l’accès à l’emploi, la sphère professionnelle, la jeunesse, le secteur social, etc. L’ambition est forte, et nous attendions de ce Grenelle des politiques publiques coordonnées et financées.

Elever le niveau de conscience

Nous savons que si ouvrir le 3919 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et faciliter les dépôts de plainte pourra permettre de favoriser la parole des victimes, il faudra ensuite répondre sur le terrain à leurs besoins, à la complexité de leurs situations, toutes différentes, si spécifiques et si intimes. Et la réponse passe forcément par les moyens.

Notre association gère notamment un centre d’hébergement et souhaite participer à la création des 250 places annoncées pour mettre en sécurité les femmes en danger. Mais si le principe de non-mixité des centres accueillant ces places est maintenant acté, le budget nécessaire semble bien en-deçà des besoins des femmes.

Accompagner et héberger une femme victime de violence signifie lui apporter un accompagnement par des professionnelles spécialisées, aller à son rythme, déconstruire l’emprise qu’elle a subie, l’accompagner dans les démarches complexes et nombreuses auprès de la police, la justice, la santé, assurer la sécurité de l’hébergement, pour certaines les accompagner vers un retour à l’emploi, rechercher un logement pérenne, etc.

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