Monsieur le président de la République française !

A l’occasion de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, l’association FIT, une femme, un toit accueillait le Président de la République accompagné de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes et Cécile Duflot ministre de l’égalité des territoires et du logement.

9h30 : Najat Vallaud-Belkacem arrive la première. Nous la connaissons bien pour l’avoir accueillie au FIT, aux universités d’été d’Evry cet été organisées par le collectif Féministes en mouvements, pour avoir travaillé ensemble au ministère notamment sur le viol. Elle arrive donc en terre connue et amicale : elle connaît déjà bon nombre de résidentes qu’elle a conviées au Ministère et qui l’appellent par son prénom sans que cela ne la choque. Elle entre, se rend compte du travail titanesque que nous avons réalisé pour sortir tous les meubles afin de faire de la place en l’espace de 24 heures pour créer un espace de dialogue intimiste tout en laissant la possibilité aux journalistes de faire leur travail.

Arrive ensuite Cécile Duflot chargée de dossiers qu’elle maîtrise.

D’autres personnalités arrivent et nous ne pouvons ici toutes les citer.

Le Préfet de région Monsieur Canepa qui est au cœur de notre action puisqu’il est chargé de notre financement et qui conclura plus tard « un seul mot résume votre travail : efficace ».

La députée Seybah Dagoma qui elle aussi nous connaît bien pour travailler régulièrement avec nous et qui consacrera dès le lendemain son blog à cette visite, blog dans lequel elle insiste sur notre « travail remarquable » et Pierre Aidenbaum, maire du 3ème arrondissement.

La Vice procureure au parquet de Paris,  Françoise Guyot avec laquelle nous travaillons  au sein de la commission justice qui nous permet d’apporter des améliorations aux différents dispositifs et la docteure Caroline Rey-Salmon responsable de l’Unité Médico Judicaire de l’hôtel Dieu  que nous connaissons pour y envoyer trop de résidentes.

C’est à 10 heures que le président de la république arrive en voiture avec sa compagne. Il serre des mains, embrasse certaines personnalités mais il est pressé : il veut entrer, rencontrer les résidentes et l’équipe. Séverine Lemière, la présidente l’accueille avec Fatima Sall, vice présidente et Marie Cervetti, directrice. Les quatre éducatrices sont là. Il les salue chaleureusement et entre dans la salle de réunion où l’attendent 8 résidentes.

Nous sommes surprises de voir combien cet homme qui exerce les plus hautes responsabilités les met immédiatement à l’aise. Elles rient, se détendent. Et les témoignages commencent. « J’avais 4 ans quand j’ai été violée par un membre de ma famille. Puis j’ai été battue, torturée par mon beau-père ». Quand j’ai rencontré mon conjoint, tout se passait bien jusqu’au jour où il m’a fait descendre les escaliers en cognant ma tête sur chaque marche, mais ne vous inquiétez pas tout va bien ». « J’ai eu mon enfant j’avais 16 ans. Il m’a poignardée, je me suis enfuie, j’ai erré de centres d’urgence en hôtels sociaux ».  « J’ai eu 2 histoires d’amour. Les deux fois j’ai été victime de violences conjugales ». « J’ai quitté mon pays car j’ai été mariée à 14 ans. Il me violait, me frappait. Je me suis enfuie dans un autre pays. J’ai découvert que j’étais enceinte. J’ai accouché et mon oncle m’a retrouvée pour me marier de force avec un autre homme. Je suis partie, j’ai traversé la Guinée, le Mali, le Maroc, l’Espagne et je suis arrivée en France. J’ai du laisser mon enfant ». C’est trop dur, elle ne parvient plus à parler. Le président, les ministres comme les journalistes sont bouleversés par cette série d’horreurs dite avec tellement de courage et de dignité. Le président le leur dit « vous êtes tellement fortes, tellement dignes ». « C’est parce qu’ici nous avons appris que la honte doit changer de camp que nous pouvons parler ».  Yasmine conclue « monsieur le Président, c’est dès le plus jeune âge qu’il faut éduquer les garçons, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes qui permettra d’éliminer les violences contre les femmes ». Le président rit « vous êtes la même que les ministres » ! « Nous on veut une seule chose : d’autres p’tits FIT parce que c’est ici que nous avons appris à nous battre. « Promis monsieur le Président ce n’est pas nous qui les avons téléguidées ! »

Avant ces échanges Valérie Trierweiler s’était discrètement éclipsée. Des résidentes souhaitent que le président visite lui leur chambre. Il monte à l’étage, seules l’accompagnent les ministres et l’équipe du FIT.

Il regarde par la fenêtre, admire la vue, échange avec les locataires, trouve leur chambre superbe. Elles sont fières, rassurées… Il ne sait pas qu’elles y font le ménage depuis la veille et qu’elles l’attendent depuis 7 heures du matin.

Nous croisons Valérie Trierweiler avec une bande de résidentes avec lesquelles elle est restée plus d’une heure et demie, assise sur le rebord d’un lit, pour papoter. « On peut appeler l’ascenseur pour Sandy parce qu’avec son entorse elle ne peut pas descendre avec nous ». Elles rient, semblent se connaître depuis des années. Elle devient l’idole des jeunes qui ont un rêve : qu’elle revienne et leur dise qu’elle veut bien être la marraine du FIT.

Tout le monde se quitte mais avant de partir le président avec les deux ministres passent par la cuisine où d’autres résidentes l’attendent. Les jeunes entonnent « viser la lune ça n’me fait pas peur », les deux ministres chantent à leur tour, « des sacrifices s’il faut j’en ferai, j’en ai déjà fait mais toujours le poing levé ».

Marie Cervetti

Le 03 /12 /2012