Être hébergée, c’est être protégée

IMG_5440

L’accueil d’une jeune femme : avant, aujourd’hui … et demain? Une seule solution : ouvrir de nouvelles places d’hébergement !

Par instinct de survie, par habitude, par crainte du changement il nous arrive parfois de penser qu’avant c’était mieux : concernant l’admission d’une jeune femme « avant ça marchait comment »? Rappelons que notre CHRS est le seul à Paris qui héberge des femmes, jeunes, (18/25 ans), victimes de violences, et/ou en situation d’exclusion sociale et sans domicile fixe. Rappelons qu’elles ont en moyenne 21 ans et qu’elles ne peuvent donc bénéficier du RSA (à cet âge il faudrait pour qu’elles le perçoivent qu’elles puissent justifier de 2 années consécutives de travail). Rappelons qu’une grande partie des jeunes femmes à la rue pour éviter viols et agressions sexuelles, peuvent avoir recours à la prostitution de survie afin d’assurer un repas ou une nuit au chaud.

Avant, c’est à dire il y a encore quelques mois, nous recevions un rapport social émanant d’une mission locale pour l’emploi des jeunes, d’une assistante sociale de secteur, d’une association ou nous écoutions une jeune femme qui se présentait à la porte…Dès qu’une place se libérait, nous rappelions les « prescripteurs » ou la personne. Nous poursuivions par un entretien et soit dans la foulée, soit au maximum en 48h la candidate à un toit s’installait dans sa chambre.

Puis, l’Etat constatant un véritable embouteillage dans chacun des dispositifs existants, hôtels sociaux, centres d’hébergement d’urgence,  centres de stabilisation, centres d’hébergement et de réinsertion sociale a une l’idée du siècle: le logement d’abord.

Toute parisienne et tout parisien a logiquement pensé « d’abord des logements » puisque les demandeurs de logements sociaux représentent 120.000 personnes qui attendent parfois depuis des années. Mais, convaincu que le secteur social a pour ambition de garder dans ses murs, le plus longtemps possible les personnes accueillies, convaincu que nous n’accueillons que les personnes qui nous conviennent, l’Etat, a maintenu son idée.

Aujourd’hui, toutes les demandes d’hébergement doivent passer par le Service d’Information d’Accueil et d’Orientation (SIAO). Formidable, nous n’aurons plus à gérer toutes les demandes et comme le SIAO aura une vision globale des places disponibles, les personnes seront orientées plus rapidement. Nous avons donc joué le jeu de ce service.

Tout d’abord, il ne nous évite pas de traiter les demandes puisque nous devons participer à l’évaluation des situations.

Ensuite, les demandes attendent qu’une place se libère. Chaque structure devrait remplir un tableau en ligne qui indique les places vacantes. Premier hic : le logiciel, pour peu qu’on soit un peu malin, ne protège absolument pas les données personnelles des candidatEs. Second hic : le service est déjà complètement débordé et il nous demande à la fois de lui adresser les rapports sociaux mais aussi de les adresser en direct aux structures! Mais comme ces dernières sont obligées de passer par le SIAO, nous perdons notre temps et les personnes elles restent sans solution.

Enfin, après de longs mois de négociation nous sommes parvenues, à Paris, à signer une convention avec le SIAO pour accueillir les femmes victimes de violences sans passer par lui mais nous devons renseigner le logiciel. Malgré cette prise de conscience qu’une femme victime de violences doit pouvoir être mise au plus vite en sécurité, 174 femmes (sans compter les demandes téléphoniques) n’ont pu être hébergées au FIT, en 2011, par manque de place et sans que nous sachions ce qu’elles sont devenues!

Et demain?  Concernant les femmes victimes de violences, quand on constate chaque jour, l’énergie que les coupables mettent à les retrouver, continuer de jouer le jeu du SIAO c’est accepter de les mettre potentiellement en danger. Alors que les associations parvenaient à faire fonctionner leur réseau, à trouver des solutions, les publics que nous accueillons subissent un embouteillage encore plus prégnant. Ainsi, quand une femme pouvait postuler pour une résidence sociale, un centre maternel… nous pouvions solliciter notre réseau parfois même procéder à des échanges. Il nous est très souvent arrivé d’héberger une jeune femme logée dans une résidence sociale qui n’avait plus d’emploi (dans l’incapacité donc de payer son loyer), que son conjoint venait frapper dans la résidence et de permettre à une jeune femme hébergée par notre CHRS d’accéder à un hébergement plus autonome puisque, travaillant et libérée de son agresseur, elle était en capacité d’assumer le paiement d’un loyer. Aujourd’hui, cette dernière attend qu’un jour le SIAO lui propose cette place et la jeune femme en résidence sociale reste violentée et accumule les impayés de loyer. Enfin, demain, nous qui avions un taux d’occupation de 99%, nous ne savons pas ce que l’Etat nous dira quand ce taux tombera à 80% puisqu’une place, en passant par le SIAO, peut rester vacante plus de 3 semaines.

Pour ce qui concerne les femmes victimes de violences: si l’Etat respecte les normes européennes qui imposent une place d’hébergement pour 10.000 habitants, il manque, en France, 4500 places : nous n’aurons de cesse de lutter pour que ces femmes puissent trouver une solution d’hébergement afin qu’elles ne soient plus contraintes de choisir entre la rue ou les violences.

Marie Cervetti