Entretien avec Nora El Hourch, réalisatrice du film « Anvers et revers »

affiche 10 12 2014

C’est autour d’un café que je rencontre Nora El Hourch, 26 ans, jeune réalisatrice de courts-métrages qui présentera son clip « Anvers et revers » à l’occasion de la soirée ciné-débat Sexisme et Violences organisée par le FIT le 10 décembre.

Qu’est-ce qui t’a motivée à tourner un clip pour cette soirée ?

Nora : J’ai connu l’association Le FIT, une femme, un toit il y a deux ans lorsque je tournais un court métrage sur les centres d’insertion et d’hébergement. J’y suis venue plusieurs fois pour m’inspirer de l’atmosphère qui y régnait, et j’ai tourné une grande partie des scènes de mon court sur les lieux. Depuis, je me sens connectée à ce centre, et j’ai toujours gardé contact avec les personnes que j’avais rencontrées. Alors quand Marie (Cervetti, ndlr) m’a proposé ce projet, j’ai accepté sans hésiter.

As-tu toujours su que tu voulais écrire et réaliser des films ?

Nora : Pas exactement : j’ai fait un master en production et je travaille aujourd’hui pour la télé. Mais j’ai commencé à écrire des scénarios pour parler de causes qui me tiennent à cœur.

Avant ce clip, tu avais écrit un premier court-métrage qui traitait déjà des violences faites aux femmes, et plus particulièrement du viol.

Nora : Pour mon premier court, j’ai voulu mélanger le vécu et le fictif. C’est l’histoire de deux filles qui vivent en centre d’hébergement et de réinsertion ; les deux ont vécu un viol, mais l’une s’en sort, et l’autre non. Le film se concentre sur le parallèle entre ces deux personnages principaux et comment elles vivent leur reconstruction. Nous avons tourné en juillet dernier au FIT avec cinq comédiennes professionnelles, malheureusement un manque de figurantes a retardé quelque peu le montage (qui devrait être terminé d’ici trois semaines). Avant ça, il m’a fallu un an et demi de préparation pour écrire, me renseigner, m’approprier l’ambiance des centres de réinsertion. Je me suis beaucoup inspirée de mon vécu, mais également de l’actualité.

Comment t’es venue l’idée de ton clip « Anvers et revers » ?

Nora : Au tout début, j’ai voulu partir sur une idée humoristique, qui détournerait le sexisme sous forme de sketch. Puis en posant des questions-test directement à mes ami-e-s, je me suis rendue compte qu’il existe des clichés sexistes que l’on reconnaît comme faux, mais que l’on continue à perpétuer. Je me suis donc intéressée à la façon dont on transmet ces clichés dans lesquels on ne se reconnaît pas soi-même. L’expérience se fait en deux temps : je pose une série de questions sur les filles, qui peuvent donner lieu à des réponses marquées par les clichés, telles que « Si tu devais acheter un jouet à une petite fille, qu’est-ce que ce serait ? » ou « Quel genre de films aiment regarder les filles ? ». Ensuite, je repose la même question, mais dirigée vers la personne : « Quels étaient tes jouets préférés, quand tu étais petite fille ? », « Quels films aimes-tu regarder ? ». Nous avons eu deux sessions de deux heures pour trouver les questions à poser, puis deux sessions de trois heures pour le tournage avec dix filles du FIT.

Quels ont été les résultats ?

Nora : C’est assez étonnant, car on constate à chaque fois un décalage entre la réponse à la première question, plus générale, et la réponse à la deuxième, plus personnelle. Quand on leur demande quels jouets aiment les filles, quasiment toutes répondent une poupée ; quand on leur demande quel jouet elles aimaient, elles, les réponses sont très variées : Playmobil, vélo, skateboard…. On a donc tendance à intégrer et à transmettre des clichés sans pour autant se reconnaître dedans. A la fin, je terminais par une question sur les différences entre les sexes et la discrimination. Ont-elles pour autant identifié le phénomène de sexisme ? Je pense qu’il peut être difficile de mettre des mots dessus quand on baigne constamment dans un environnement ou le marketing est très genré. Les clichés sexistes ont été construits arrangent beaucoup de monde, il est donc très difficile de lutter contre. Je dois dire que je m’attendais un peu aux résultats…

Après un film sur le viol et un film sur le sexisme, te sens tu féministe ?

Nora : C’est vrai que mon expérience avec le FIT m’a permis de découvrir ma part féministe ; elle a avivé une flamme que je ne connaissais pas en moi. Je fais donc aujourd’hui partie du combat ! Pour moi, mes deux films sont reliés car il y a un parallèle clair entre le sexisme, même ordinaire, et la violence : l’un est une forme exacerbée de l’autre.

Quels sont tes projets pour le futur ?

Nora : J’ai envie de continuer à aider le FIT comme je le peux, à le faire connaître, et surtout de continuer à progresser avec les filles. Je souhaite continuer à écrire, mais uniquement si il y a du social derrière : je veux parler des invisibles, des gens qu’on dénigre et que personne ne voit, et les mettre en avant.

Chloé Derrien-Cortés