5 ans de solitude

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Il est 20 heures. Le planning familial est en train de parler à des résidentes. De nos bureaux nous les entendons rire aux éclats. Le téléphone sonne. C’est la voisine d’une jeune femme. En rentrant chez elle, elle a entendu des cris, des pleurs alors elle a sonné. Le mari a ouvert la porte. Derrière lui, son épouse, 26 ans, prostrée. La voisine lui dit de partir sans quoi elle appellera la police qui le mettra en prison. Il part. La voisine trouve notre numéro. « Il va revenir, il faut absolument la protéger ».
La jeune femme arrive à 21 heures. Elle est, pour la seconde fois, allée à l’hôpital. Hématome à la tête qui fait une grosse boule de sang. La première fois, elle y était restée une semaine: nez fracturé.

Depuis 5 ans, il la frappe, la viole, menace de la tuer. Elle raconte, sans jamais pleurer. Elle a déposé 5 plaintes au commissariat. La première fois, 6 policiers sont venus. Ils ont demandé au mari de partir. Il a guetté leur départ et il est rentré chez elle. Il l’a encore plus battue. Les autres plaintes ont été enregistrées mais plus personne ne s’est donné la peine de venir au domicile. Elle ne comprend pas. Le bail est à son nom à elle.

Depuis, elle a engagé une procédure de divorce. Elle a un avocat. Il est au courant pour les violences mais il ne lui est jamais venu à l’idée de demander une ordonnance de protection qui permettrait d’évincer le mari du domicile. Elle-même ne connaît pas cette ordonnance.

5 ans de calvaire et de solitude. Elle a tenté un jour d’en parler à une amie qui lui a aussitôt dit « n’importe quoi, il est super ton mari ».

On lui explique la stratégie du conjoint violent. Sa capacité à isoler son épouse, à séduire l’entourage qui lui reste, son savoir-faire pour qu’elle passe pour une menteuse, une folle. Elle le reconnaît. C’est exactement comme ça qu’il faisait.

On lui parle de l’association, du CHRS. « Oh mais moi j’ai 26 ans alors je ne peux pas venir ici? ».

Oui elle peut. Nous avons une place. Elle ne rentrera pas chez elle. On va mettre en marche notre machine. En attendant, ici, elle sera à l’abri, en sécurité.

Il est 22h30. Elle découvre sa chambre. « C’est la première fois depuis 5 ans que je vais pouvoir dormir ».

Marie Cervetti